Gymnosporangium

Gymnosporangium : un trio remarquable.

Cessac 010

Bien avant FaceBook, il y a fort longtemps, les amis communs existaient pour autant. Si, si ; rappelez-vous. J’en veux pour preuve l’étrange histoire qui lie deux arbustes, le Juniperus communis (Genévrier commun) et le Sorbus aucuparia (Sorbier des oiseleurs), pourtant si différents morphologiquement et biologiquement, puisque l’un est gymnosperme (Genévrier) et l’autre angiosperme (Sorbier).

Le premier (Genévrier) est : gymnosperme . Les gymnospermes constituent un sous-embranchement, presque uniquement formé, de nos jours, par les conifères : pins, cyprès, genévriers, etc, caractérisé par l’élaboration d’une graine à nu (pas de protection extérieure) .Gymno = nu (comme les athlètes des stades antiques grec, d’où gymnase) et sperme = graine.

Le second (sorbier) est lui :  angiosperme. Les angiospermes constituent un groupe végétal dont les organes reproducteurs sont condensés dans une fleur et dont les graines fécondées sont enfermées dans un fruit. Angio = récipient, donc graine protégée par une structure externe (pulpe du fruit par exemple).

Genévrier (carrière de Frontenac)

Sorbier des oiseleurs (photo Sylvie Cantin)

image 3

Amis communs ? ? Pas à l’origine mais forcés à le devenir par l’intermédiaire du gymnosporangium, champignon  parasite et nuisible, puisqu’il fait partie des « rouilles »  rangées dans la Classe des Teliomycetes – Ordre des Uredinales redoutées par les céréaliers et bien connues dans le domaine de la phytopathologie (recherche phytosanitaire).

Cette rouille spécifique est dite hétéroxène ou hétéroïque : elle a besoin de deux hôtes pour réaliser son cycle biologique :

– un hôte écidien (Sorbier) = hôte A (production des écidies),

– un hôte téleutosporien (Genévrier) = hôte B (production des téleutospores).

Quel est donc ce trio infernal ?

Cet article propose quelques éléments d’approche très simplifiée, du comportement de cette rouille et de ses différents stades évolutifs.

L’ «ami commun » est un cryptogame, basidiomycète inférieur (basides cloisonnées, cf.  planche 1), de l’ordre des Urédinales, et porte le nom de Gymnosporangium :

–          Gymnosporangium clavarieformis (chancre des Genévriers)

–          Gymnosporangium juniperi (rouille des Sorbiers).

Le mycélium est le même, mais les fructifications diffèrent selon l’hôte A ou B ; la contamination de l’un ne pouvant se réaliser qu’a partir des spores de l’autre.

Le cycle de notre Gymnosporangium passe, en simplifiant outrageusement, par deux stades :

–          stade 1 = stade écidien, avec production d’écidies à dicaryon, et concerne l’hôte A (Sorbier).

–          Stade 2 = stade sexué, avec formation de téleutospores est le stade parfait (basides à quatre basidiospores) et concerne l’hôte B ( Genévrier).

Stade 1

Le mycélium primaire issu des téleutospores envahi le tissu des feuilles du Sorbier,

image 4

Photo micro (X400) du réseau d’hyphes pénétrant le parenchyme végétal, ce qui se traduit par des tâches orangées à la face supérieure des feuilles (spermogonies), visibles du printemps à la fin de l’été.

rouille : spermogonies     (face supérieure de la feuille)

image 5

Après fécondation et fructification, apparaissent sur la face inférieure des feuilles, des expansions, sortes de manchons protecteurs tubulaires (péridium), génératrices d’écidies.

expansions (face inférieure de la feuille)                           péridium (X 1000)

Stade 2

Ces écidies vont contaminer (via la pluie, le vent, les insectes …) les rameaux de genévrier puis développer  au cours de la germination un mycélium d’hibernation en latence, qui va provoquer la formation de « tumeurs » fusoïdes plus ou moins marquées, aussi appelées « chancre ».

image 8

tumeur en fuseau sur rameau de Genévrier

Du printemps au début de l’été, sur ces chancres vont fructifier des faisceaux de cornicules orangées.

image 9

cornicules (photo et planche JBC)

Ces cornicules vont générer des téleutospores, « spores » à paroi épaisse et hautement résistante, puisqu’elles doivent passer l’hiver au sol, avant de contaminer (germination dès que les conditions deviennent favorables) par dissémination (toujours le vent, la pluie, les insectes..) un nouvel hôte A

Planche 1

image 10

Photos téleutospores JBC. A gauche : spores à parois épaisses avec germination et production de spores secondaires.Au centre et à droite : deux vues des basides cloisonnées apparues après germination des téleutospores. Elles sont arquées pour permettre aux basidiospores d’atteindre la surface du sporophore et d’être libérées et confiées aux vents, pluies ou insectes, pour le transport vers l’hôte A.

image 11

La germination des téleutospores peut se produire de façon anormale et stérile. Elles sont ici, traitées dans le bleu lactique et laissent voir de longs pédicelles gélatinisés.

 

image 12

Dans le rouge congo apparaît un contenu granuleux, et ici aussi de longues  germination stériles.

Le cycle biologique du Gymnosporangium est alors bouclé ; l’indéfectible « amitié » se perpétue.

Biotopes : Entre deux mers (33) et massif des Encantats (Espagne)

Remerciements :  Jacques Beck-Ceccaldi pour ses planches de microscopie.

 Bibliographie :

–  Encyclopédie analytique des champignons (J. Montaigut)

–  Organisme de quarantaine OEPP/CABI (1996)

– Les rouilles (Marcel LECOMTE)

– Précis de mycologie (M. Langeron)

– Gymnosporangium (Hedwig F.)

Jacques Boyer

 

 

 

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