Existe-t-il un syndrome neurologique d’intoxication par les morilles ?

 

Morilles Sophie

Extraits des Analyse des données des Centres antipoison et de Toxicovigilance 1976-2007 (auto saisine des centres antipoison et de toxicovigilance et du comité de coordination de toxicovigilance) Rapport définitif janvier 2008

Morille, morillon, verpe et gyromitre.

  1. Mycologie :

« Morilles » est le nom vernaculaire des espèces du genre Morchella. Morille rouge est le nom vernaculaire de Gyromitra esculenta. Morille d’automne est le nom vernaculaire à la fois de Sparassis crispa et de Helvella crispa.

– Les morilles (Morchella sp.) sont des ascomycètes tout comme les gyromitres (Gyromitra), les verpes (Ptychoverpa bohemica, Verpa digitaliformis) et les morillons (Mitrophora semilibera) avec lesquels elles peuvent être confondues. Il existe plus d’une dizaine d’espèces de morilles. Considérant la variabilité de l’aspect d’une même espèce au cours de la poussée fongique, certains auteurs considèrent un nombre bien plus restreint de taxons.

– Le morillon est macroscopiquement séparé des morilles par un port plus élancé, et un pied relié au chapeau en formant une gorge dont la profondeur avoisine le demi-rayon du chapeau.

– Pour la verpe, l’insertion du pied est quasi sommitale. Cette espèce est régulièrement consommée.

Les morilles peuvent classiquement être confondues avec les gyromitres, alors que l’architecture du chapeau est différente. A la succession de circonvolutions (convexité) conférant à la gyromitre un aspect cérébriforme, une succession d’unités en forme d’alvéoles, de loges (concavité), séparées par des crêtes, constituent les morilles.

  1. Toxicologie :

Morilles, morillons et verpes sont considérés comme comestibles une fois bien cuits. Cette condition de cuisson est nécessaire à la disparition de toxines thermolabiles, les hémolysines. Cette particularité est reprise par un certain nombre d’ouvrages, sans qu’il soit possible de remonter aux publications originales mettant en évidence leur présence. Cette appellation « hémolysine » est due à la propriété de lyse in vitro du globule rouge mis en contact. Cette propriété in vitro a été parfois abusivement transposée aux conséquences d’une ingestion de morilles crues ou mal cuites (syndrome hémolytique). La seule publication mentionnant la survenue d’une hémolyse après une telle ingestion semble décrire en fait une intoxication par gyromitre (présence d’une hépatite) [13]. De fait, les conséquences cliniques d’une ingestion de morilles crues ou mal cuites sont considérées comme limitées à l’apparition de troubles digestifs dans un délai ingestion-symptômes court. Une incoordination motrice a été rapportée 4 à 5 heures après la consommation de grandes quantités de cette espèce [11]

L’intoxication par gyromitre associe dans un délai dépassant les 6 heures, la survenue de troubles digestifs, d’une céphalée et d’une hyperthermie (38°C) qui attirent l’attention dans le cadre d’une intoxication par champignon, de convulsions, d’une hépatite cytolytique, d’une hémolyse et d’une insuffisance rénale. Des intoxications graves, pouvant conduire au décès, sont rarement mais régulièrement rapportées. Certains signes (convulsions notamment) ont été reliés aux propriétés de la monométhylhydrazine, métabolite de la gyromitrine qui inhibe la pyridoxine (vitamine B6) nécessaire au fonctionnement d’un certain nombre d’enzymes parmi lesquelles la glutamate acide décarboxylase responsable d’une réduction des teneurs en GABA, neuromédiateur inhibiteur du SNC). L’atteinte lésionnelle est semble-t-il consécutive à une action de type radicalaire, et se traduit par une hépatite cytolytique, une hémolyse intravasculaire, une insuffisance rénale aiguë [1, 14].

Les circonstances d’apparition de cette intoxication ne sont pas complètement connues, et les facteurs de risque cités (consommation répétée, consommation d’espèces fraîches insuffisamment cuites, consommation en conservant l’eau de cuisson…) n’expliquent pas complètement la survenue des signes d’intoxication, qui prend une apparence aléatoire. La gyromitre est consommée en tant que telle (hors confusion avec la morille) sous le nom de morille rouge, par exemple dans le Vercors.

  1. Paramètres liés au champignon :

L’importance de la quantité ingérée dans la survenue du syndrome neurologique a été soulevée par ailleurs [3, 4]. Dans cette enquête, le rôle d’une grande quantité ingérée apparaît être significatif lorsqu’un syndrome neurologique est présent, mais cet item n’est pas systématiquement renseigné.

De plus, l’évaluation rétrospective de la quantité est restée assez subjective (minime, petite, moyenne et grande). Ce facteur mériterait d’être plus systématiquement et plus rigoureusement apprécié dans une étude prospective.

L’état des exemplaires au moment de la cueillette n’est jamais précisé ; de plus, les morilles peuvent garder longtemps une apparence acceptable, malgré un âge sur pied avancé. La durée et les conditions de conservation des spécimens ne sont pas des informations habituellement recueillies.

Dans 5 dossiers, il est fait mention d’une consommation différée, sans conservation optimale (absence de réfrigération) des espèces. Dans 2 dossiers distincts, la même cueillette a été consommée immédiatement et sans conséquence, alors qu’une ingestion différée de quelques jours par d’autres consommateurs a été responsable de l’apparition de plusieurs cas de syndrome neurologique. Ce délai peut être un indicateur de l’état de conservation du champignon.

Ce constat permet de suggérer le rôle dans certains dossiers d’une détérioration des spécimens dans l’apparition des signes d’intoxication. A ce titre, un parallèle peut être fait avec l’intoxication par  gyromitre qui partage avec le syndrome neurologique induit par les morilles, un caractère sporadique mal expliqué, comme le montre certaines observations (consommation d’une même cueillette de gyromitres immédiatement et sans conséquence par une famille, différée de 48 heures par une autre famille avec plusieurs intoxications

  1. Recommandations :

Une investigation complémentaire devrait permettre par un recueil prospectif de mieux préciser les conditions d’apparition de ce syndrome (état des spécimens ramassés ; conditions environnementales ; identification mycologique des espèces ; délai entre cueillette et consommation ; condition de préparation et de conservation ; quantité ingérée ; prise concomitante d’alcool) pour dans un deuxième temps tenter d’isoler une substance active. Sur le plan clinique, la symptomatologie (signes neurologiques mais aussi oculaires, musculaires…) pourrait être mieux précisée, tout comme les délais respectifs d’apparition des troubles neurologiques et digestifs lorsque que ceux-ci sont simultanément présents.

Dans l’attente de ces investigations, un message destiné au grand public peut être produit, l’informant de l’existence de ce risque notamment lors de la consommation d’une grande quantité de morilles, rappelant les conditions de cueillette (espèces en bon état, propres à la consommation), et la nécessité particulièrement pour les morilles d’une cuisson suffisante.

  1. Conclusion :

Après un signal en France émis par le centre antipoison et de toxicovigilance d’Angers associant troubles neurologiques et ingestion de morilles, 2 références bibliographiques et des cas analogues (à Munich) ont été repérés.

L’interrogation des bases de données des centres antipoison et de toxicovigilance français sur une période de près de 30 ans a permis de détecter 129 cas d’intoxication compatibles, se manifestant par des tremblements, des vertiges, une ébriété, des troubles de l’équilibre ou une ataxie, débutant 12 heures après l’ingestion de morille et régressant en une douzaine d’heures, pouvant traduire une atteinte cérébelleuse fonctionnelle. Une recherche bibliographique complémentaire a retrouvé la mention d’autres cas compatibles en Suisse et aux Etats-Unis.

Rapporteurs : Philippe Saviuc, CTV de Grenoble, Patrick Harry, CAPTV d’Angers


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